L’exil et la catastrophe

« De plus en plus de Français demandent la nationalité belge » titrait le Monde d’hier. Il n’existe pas de statistiques claires sur les départs de Français à l’étranger. Toutefois, le désir d’exil s’exprime de plus en plus ouvertement. Au-delà de quelques figures emblématiques, une proportion croissante des Français ne songent plus aujourd’hui qu’à aller faire leur vie ailleurs. Attribuer ce phénomène à des seuls motifs fiscaux est réducteur et inexact. La vague de départ s’explique par un climat irrespirable qu’une partie de la société française ne supporte plus : le sectarisme en politique, l’intolérance, les insultes, la calomnie, les phénomènes de délation et de lynchage; la haine des « riches » c’est-à-dire des créateurs, des innovateurs, la progression de l’assistanat et l’absence de valorisation du mérite et du travail; la montée des violences, du communautarisme et des désordres dans les banlieues. Quand les forces vives, les talents et la jeunesse aspirent à quitter le pays, à tort ou à raison, ce n’est jamais bon signe. L’histoire nous montre – sans vouloir faire d’amalgame entre des événements de nature et de portée différentes – que les grandes vagues de départs interviennent dans les périodes de malheur et de déchirement : 1685 et la révocation de l’Edit de Nantes, la Terreur en 1793-1794, la Commune en 1871 et ses suites… Le mépris affiché envers les candidats à l’exil ne fait qu’aggraver le climat délétère de chasse aux sorcières. Quant au procès en manquement au patriotisme, il est totalement déplacé : il peut y avoir de la noblesse dans le geste de quitter – provisoirement –  le sol de son pays pour marquer son opposition ou sa révolte. L’histoire, là aussi, est riche en exemples célèbres… Le  pouvoir socialiste – sans être l’unique responsable de ce phénomène –  a grand tort de ne pas le prendre au sérieux, de le traiter par la dérision. Il pense que le mouvement est marginal et ne touche pas son électorat. Mais à terme, il sera le premier à subir de plein fouet les conséquences de cette saignée des énergies et des talents qui ne peut qu’aggraver le sinistre économique du pays, le chômage, et la morosité générale. Les dirigeants socialistes raisonnent en hommes ou femmes de parti. Ils interprètent ce phénomène comme un signe d’égoïsme de leurs ennemis idéologiques, y réagissent par une surenchère dans l’agressivité et les propos à l’emporte-pièce. Ils ne voient pas que la France forme un tout, une nation aspirant à l’unité, profondément dégoutée du sectarisme et des manœuvres politiciennes. Ils ne sentent pas que la volonté de départ de quelques-uns reflète bien au contraire un profond malaise général. Dans leurs palais dorés, et leurs hôtels ministériels, coupés des réalités,  sont-ils encore capables de mettre les pieds sur terre, de se rendre compte à quel point ils se fourvoient, de changer de cap et de tenir un discours d’union et d’apaisement plutôt que de division? Je le souhaiterais de tout coeur, mais n’y crois pas un instant, même si j’espère me tromper…

Maxime TANDONNET

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