Ces étrangers qui ne veulentpas du droit de vote

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Ayrault : « Les œuvres d’art ne seront pas intégrées dans le calcul de l’ISF »
  • Scrutin dans une école du boulevard Berthier à Paris, transformée en bureau de vote.
    Scrutin dans une école du boulevard Berthier à Paris, transformée en bureau de vote. Crédits photo : Jean-Christophe MARMARA/Le Figaro
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    TEMOIGNAGES- Six Français sur dix se disent opposés à cette promesse électorale de François Hollande.

    On ne leur a jamais demandé leur avis. Aucun sondage, aucune étude, n’a évalué leurs souhaits. Dans son programme «60 engagements pour la France»,François Hollande a promis d’accorder «le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans». Certes, on sait que l’opinion s’est retournée : plus de six Français sur dix se disent aujourd’hui opposés à cette réforme. Mais personne n’a posé la question à ce million et demi d’étrangers non communautaires en âge de voter. «Ça montre bien là où se situe le débat! lance la démographe Michèle Tribalat. C’est un positionnement franco-français, moral, humanitaire, sur des gens qui n’ont rien demandé…»

    Une partie de la gauche, d’ailleurs, tergiverse. «Est-ce que c’est aujourd’hui une revendication forte dans la société française? Un élément puissant d’intégration? Non», a récemment osé le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls. Pour les immigrés, l’idée reste encore un peu floue.

    À l’heure du goûter, au square des Missions-Étrangères, dans le VIIe arrondissement de Paris, la question ne déclenche pas d’enthousiasme. Depuis plus de vingt ans en France, Rose, nounou ivoirienne, est pour le moins perplexe: «Moi, j’ai jamais voté de ma vie, j’sais pas ce que c’est…, lâche-t-elle. Sincèrement, ça ne me dit rien du tout. Je comprends les Français qui sont inquiets parce qu’il y a des gens qu’ils ont gentiment accueillis, et puis après ils veulent changer la société et prendre le pouvoir. Je trouve que ça doit être les Français qui décident: on doit respecter leur mode de vie, c’est à nous de s’adapter.» Son amie Affiba vient de demander la nationalité française. «Mais pas pour voter! précise-t-elle. J’ai pas besoin de voter pour me sentir intégrée! Je veux juste être française comme mes cinq enfants.»

    «Une mesure plus démagogique que républicaine»

    Enseignant à l’université, Jorge, un Argentin à Paris depuis onze ans, en a beaucoup parlé avec ses amis français: «Dit comme ça, ça paraît bien, souligne-t-il. Mais c’est parce que je défends l’intérêt des étrangers que je suis contre! Leur donner le droit de vote, c’est une mesure plus démagogique que républicaine. C’est même antirépublicain, car c’est une illusion: on veut faire croire aux gens qu’ils vont avoir des droits, alors que l’on crée pour eux une sous-catégorie. La citoyenneté, ça ne se débite pas en tranches: soit on est français et on a tous les droits, soit on reste étranger.» Autre point qui choque le professeur, «l’absence de réciprocité» : pourquoi s’escrimer à donner le droit de vote à des Argentins en France, alors que leur pays n’offre rien de tel aux Français?

    Il y a aussi ceux qui ne se reconnaissent pas dans la vie politique française. Réfugié politique, cet ex-journaliste mauritanien qui a choisi le «pays des droits de l’homme» il y a cinq ans est aujourd’hui bien désabusé: «Tous les jours, on me fait savoir que je suis étranger. Si je votais, est-ce que ça changerait les choses? demande-t-il. Est-ce que, moi, musulman noir, je trouverais seulement un candidat qui représenterait mes idées, dans cette France blanche et chrétienne? Et est-ce que les étrangers comme moi pourraient être élus maires? Non? Alors à quoi ça sert? C’est de la poudre aux yeux…»

    Un emploi, un logement, une «vie tranquille», voilà ce qui revient dans la bouche des immigrés lorsqu’on leur demande leurs priorités. «Avez-vous vu dans la rue des étrangers brandissant des pancartes pour demander le droit de vote? interroge Rama Yade, vice-présidente du Parti radical. Ce qu’ils réclament, c’est que leurs enfants, qui sont français, soient bien représentés dans les sphères politique, économique et médiatique. Bref, qu’ils soient intégrés.»

    Pour Thierry Mariani, député UMP des Français de l’étranger, «le raisonnement de la gauche n’est pas cohérent, puisque cinq ans, c’est exactement la période nécessaire pour demander la nationalité française. Si la personne fait le choix de rester étrangère, c’est respectable!»«La vérité, c’est que la gauche veut s’attirer le vote communautaire, clame-t-il. C’est ce qu’écrit le rapport de Terra Nova, think-tank proche du PS (“Gauche: quelle majorité électorale pour 2012?”, mai 2011), qui recommande aux socialistes d’abandonner l’électorat ouvrier pour récupérer celui des “minorités”, c’est-à-dire les Français d’origine étrangère et les étrangers…»

    «Un signal fort pour une France mixte»

    Aux Pays-Bas, qui accordent le droit de vote et d’éligibilité aux étrangers extracommunautaires depuis 1983, la gauche en a d’ailleurs bien profité. Selon une étude de l’institut Forum portant sur Amsterdam et Rotterdam, environ la moitié des étrangers se sont rendus aux urnes lors des dernières municipales, en 2010. Ils ont voté à gauche… à plus de 91 %! Depuis 1994, le nombre de conseillers municipaux étrangers a été multiplié par plus de quatre. En revanche, en Belgique, où les étrangers ne peuvent voter aux élections communales que depuis 2006, ils n’ont pas l’air d’y accorder beaucoup d’intérêt: seuls 14,02 % d’entre eux s’étaient inscrits sur les listes électorales pour participer au scrutin de dimanche dernier.

    La 50e proposition de François Hollande n’est visiblement pas encore arrivée jusque dans toutes les chambres du foyer Aftam-Saint-Denis, au centre de Paris. Au deuxième étage, une dizaine de boubous multicolores sèchent sur des balcons encombrés de paraboles.«À la télévision sénégalaise, on n’en parle pas…» apprend-on chez ce couple d’Africains. «Non, pas voter! Besoin carte séjour, retraite, c’est tout», annone, un peu plus loin, un vieux Marocain dans un français hésitant. À la cuisine, au rez-de-chaussée, un groupe de Maliens discute autour d’un thé. Eux sont beaucoup plus au courant. «Moi, je milite, avec le Front de gauche de Jean-Luc Mélenchon, pour ce droit de vote: c’est un signal fort pour une France mixte! lance Bouyé, comptable au chômage, en France depuis onze ans. Une fois qu’on sera tous français, on pourra faire venir nos frères, et eux aussi pourront voter.»

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