Capsule à vis versus bouchon de liège, le match | Miss GlouGlou

Bouchon de liège ou capsule à vis ? Chaque méthode de bouchage a ses avantages… et ses inconvénients. Le liège a plus de 2.000 ans d’histoire derrière lui (on a retrouvé une amphore bouchée au liège datant du Ve siècle avant JC), c’est un produit naturel qui fait un bruit merveilleux en s’expulsant de la bouteille et son efficacité à protéger un vin durant plusieurs décennies a été prouvée maintes fois, pour notre plus grand bonheur. Mais il a deux défauts : une molécule (surnommée TCA) peut contaminer le liège et donner un goût dégueulasse au meilleur des breuvages. Les études varient : 3 à 5% des bouteilles sur le marché seraient bouchonnées. De plus, tous les bouchons ne sont pas de qualité identique : à cause des lenticelles, certains sont moins hermétiques (ils coûtent alors moins cher à l’achat) et leur fiabilité peut s’avérer hasardeuse au fil du temps.

Face au bouchon, la capsule à vis (inventée en France en 1968) est moche, elle est en aluminium, elle craquette à l’ouverture mais permet de se passer de tire-bouchon, de refermer parfaitement la bouteille, d’oublier le goût de bouchon (à moins que le fût de vin lui-même ne soit contaminé par le TCA, ce qui est extrêmement rare et là ce n’est vraiment pas de bol). Autre avantage pour les petits appartements, la capsule ne craignant pas le dessèchement, les bouteilles peuvent se conserver debout. Mais surtout son étanchéité (contrairement aux bouchons synthétiques) n’est jamais mise en défaut.

Mais quelles sont les différences sur l’évolution du vin ? Car, oui, il y a des différences. J’ai participé à une expérience tout à fait fascinante. Une dégustation à l’aveugle de 2 vins identiques, même millésime, même date de mise en bouteille. La différence ? L’un a été bouché avec une capsule à vis, l’autre avec un classique bouchon de liège. Qui l’a emporté ?

Les verres ornés de pastilles colorées

Les conditions de dégustation :

Un test réalisé par Stelvin, spécialiste des capsules à vis
Une dizaine de participants ;
Des verres ornés de pastilles colorées pour les différencier, dans lequel le vin est versé anonymement.
Les Vins à goûter, chacun en 2 exemplaires, vis et liège :
– Nuits-saint-georges blanc 1er cru, Les Terres Blanches, Domaine Michèle et Patrice Rion, 2005
– Le même, version 2007
– Saint-émilion grand cru, Château Vieux Larmande 2003

1er round : Nuits-saint-georges blanc 2005 :

Le premier verre porte une pastille rose, le second une pastille violette.
La robe est identique.
Pastille rose : Le premier nez n’est pas net, le vin a besoin de respirer. Après aération, les arômes citronnés sont dominés par le boisé de l’élevage. En bouche, le vin est très onctueux mais la finale, toujours marquée par le bois, n’est pas très agréable.
Pastille violette : le nez est moins expressif, mais le bois est plus fondu. Aux agrumes se mêlent des notes de pain frais et de crème. En revanche, la bouche est plus tendue, très précise, et s’achève sur des agrumes.
A l’unanimité, tout le monde choisit la pastille violette. Nous apprenons qu’il s’agit de la version bouchée au liège. Silence gêné dans la salle, le staff Stelvin garde le sourire.

2ème round : Nuits-saint-georges blanc 2007 :

Pastille orange contre pastille verte.
La robe est identique, quoiqu’à peine plus soutenue (signe d’évolution) pour la pastille verte.
Pastille orange : Le nez est ouvert, exubérant, plein d’agrumes et de fleurs. En bouche, l’acidité est très marquée et les arômes de bois ressortent à nouveau.
Pastille verte : Le nez est identique, mais plus en retenue. En bouche, l’acidité est plus agréable, les arômes sont plus floraux et la finale est beurrée.
Les participants sont plus divisés. Toutefois, une majorité (dont je fais partie) choisit la pastille verte. C’est à nouveau la version bouchée au liège. On ne regarde plus le staff dans les yeux. Voilà, voilà…

J’annote sérieusement chaque échantillon

 

3ème round : Saint-émilion 2003 :

Pastille bleue contre pastille orange.
La robe est très semblable, légèrement plus sombre pour la pastille orange (à moins que ce ne soit l’éclairage inégal de la cave).
Pastille bleue : Le nez évoque beaucoup de fraicheur (surprenant pour un 2003, année chaude), une évolution assez légère, les arômes sont tournés vers les fruits rouges, le bois patiné, un cuir très discret. En bouche, le vin est ample, posé, serein, la finale est longue et laisse une sensation de cacao. C’est joli.
Pastille orange : Le nez est plus évolué, plus concentré, plus profond. Les notes animales se font franchement sentir, avec du cuir et même un peu de fourrure. En bouche en revanche, les tanins partent un peu dans tous les sens, ils sont davantage patinés mais c’est un peu le fouillis.
Là, les participants sont très partagés, moitié, moitié. Pour ma part, j’opte pour la pastille bleue : c’est la bouteille bouchée vis. Le staff Stelvin est ravi.

Ouh quel sérieux…

Qu’en conclure ?

D’abord, que les différences d’évolutions sont bien plus marquées que je ne me l’imaginais. Ensuite, que dans deux cas sur trois, les préférences ont divergé.
Au vu du test, il me semble que les vins encapsulés ont évolué moins rapidement que sous le liège. Nous manquons de recul, mais cela pourrait-il signifier qu’un vin sous capsule pourrait également se conserver plus longtemps ? Je vous donne rendez-vous dans quelques années pour la réponse. En tout cas, cette méthode est déjà largement employée en Suisse ou en Australie, pays dans lequel 80% des bouteilles sont équipées d’une capsule. En France, plusieurs vignerons s’y sont mis, pour quelques-unes de leurs cuvées : parmi les plus connus, les domaines Albert Mann en Alsace, Henri Bourgeois à Sancerre, Montrose en Languedoc, André Lurton à Bordeaux et bien sûr le pionner, le domaine Laroche à Chablis. Aujourd’hui, sur 18 milliards de bouteille dans le monde, 4 milliards ont des capsules. Et demain ?

Certes, le rituel du débouchage n’y est pas. Je passe sur la démonstration de décapsulage qui se veut élégant (mais qui m’a semblé grotesque), qui consiste à faire rouler la bouteille sur l’avant-bras pour faire atterrir la capsule dans la paume de main. Mais un argument plus sérieux pourrait peser dans la balance : la dose de soufre (SO2) ajoutée dans le vin pour le protéger d’une oxydation précoce. Le groupe Stelvin affirme que la capsule permet de réduire drastiquement cet ajout, de plus en plus controversé.
Voici quelques explications de Philippe Exertier, agent commercial chez Stelvin, filmé après la dégustation :

Pour bien comprendre sa première réponse, sur le joint dans la capsule, voici une capture de leur présentation.

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