DOUBLE JE

Les socialistes se préparent
aux déroutes électorales

Martine Aubry quittera bien la tête du Parti socialiste en oc-
tobre, comme annoncé. Un de ses proches nous assure
qu’elle est convaincue que le PS subira une déroute aux
élections municipales de 2014, en raison de sa position au-
jourd’hui hégémonique et de la politique de rigueur mise en
œuvre. Visant la reconquête du pouvoir en 2017 et ne voulant
pas assumer la responsabilité d’un échec collectif, à ses yeux
inéluctable, elle va se consacrer à fond à Lille, où sa réélection
à la mairie, qui n’est pas assurée, est un préalable.
Curieusement, alors qu’ils détiennent tous les pouvoirs, les res-
ponsables socialistes sont obnubilés par les défaites à venir, ce
qui les amène à élaborer des stratégies tordues. Des proches de
François Hollande envisagent déjà à mi-mandat une dissolution
de l’Assemblée nationale, suivie d’une victoire de la droite et
d’une cohabitation, ce qui permettrait à leur champion de se
présenter en opposant à l’élection présidentielle de 2017. Un
scénario à la François Mitterrand. _

LUNDI 2
La chasse aux exilés fiscaux
s’organise à Bercy

Repoussé à l’automne, le débat sur l’imposition à 75% des
revenus supérieurs à 1 million d’euros risque fort d’être inu-
tile. Le Conseil constitutionnel, qui a déjà bloqué des dispo-
sitions fiscales au motif qu’elles étaient confiscatoires, ne de-
vrait pas laisser passer cette mesure que François Hollande ne
voulait utiliser que comme un coup politique de campagne. Ce
que n’avait pas anticipé le président, c’est le caractère dévasta-
teur de cette annonce au sein des grandes entreprises fran-
çaises, qui organisent effectivement la fuite de leurs cerveaux,
notamment à Londres.
Difficile de renoncer à cette promesse très populaire sans affi-
cher de fortes compensations visant à «faire payer les riches».
La cible a été choisie. il s’agira des exilés fiscaux. Bercy planche
sur un élargissement de l’assiette de l’exit taa, mise en place par
le gouvernement Fillon juste avant les élections et qui ne
concerne pour l’instant que les plus-values. Autre piste étudiée:
les contribuables français résidents fiscaux à l’étranger ne pour-
raient plus passer que deux mois par an en France, contre six
aujourd’hui. Ces mesures ne sont en fait qu’un alignement avec
le droit fiscal anglo-saxon, l’exit tox étant pratiquée par les Amé-
ricains et le délai de deux mois par les Britanniques. Les deux
pistes, fait-on valoir dans l’entourage de Hollande, ne sont pas
incompatible

JEUDI 28 JUIN
Le lobby des cliniques privées veut
raisonner la ministre de la Santé

Petit-fils d’un paysan tunisien illettré, le pharmacien Lamine
Gharbi possède huit cliniques du côté de Montpellier. De-
puis 2008, il est à la tête de la FHP-MCO, un syndicat qui
regroupe 600 établissements privés, notamment des maternités. ~
On ne peut imaginer personnage plus différent de Marisol Tou-
raine, normalienne et fille d’Alain, le célèbre sociologue. « C’est
sûr, eUe ne connaît rien aux cliniques privées », nous explique
. Gharbi avant même d’avoir lu l’entretien que la ministre de la
Santé livre ce matin à Libération. Alors que l’assurance-maladie
n’a jamais été équilibrée depuis 1988, Touraine refuse toute re-
mise en cause du « service public», lance un appel à la « démo-
cratie sanitaire », et annonce la fin « de la convergence tari-
faire ». Pour une prothèse de la hanche, un hôpital public – par
ailleurs subventionné – continuera donc de toucher de la Sécu-
rité sociale 6457 euros, contre 5492 pour une clinique.
Gharbi, avant de s’énerver à Bruxelles, s’est donné tout juillet
pour pousser ses pions au cabinet et dans l’administration de la
ministre afin de la faire atterrir. « Les fonctionnaires qui sui-
vent ces sujets sont des gens éthiques et engagés avec qui on
peut discuter », nous affirme-t-il, en se gardant bien d’ironiser
J     – comme le fait tout le corps médical- sur les consultations à
150 euros que le professeur Philippe Touraine, frère de la mi-
nistre, facture à l’hôpital public de la Pitié-Salpêtrière.
DlMAJ’ICHE lET{ JUILLET
Catholiques et francs-maçons
sont prêts à en dèeoudre

Sous des oliviers, au pied du sanctuaire de Cotignac (Var)
dédié à saint Joseph, nous assistons, au terme d’un pèleri-
nage de pères de famille, à un prêche de combat de Philippe
de Maistre. Ce prêtre, aumônier du lycée privé Stanislas à Paris,
se revendique de la génération Jean-Paul II. Celle des ecclésias-
tiques qui « n’ont pas peur », En particulier de s’opposer aux
opinions publiques des grandes démocraties sur des sujets
comme l’euthanasie, l’avortement ou le mariage.
A l’inverse, du côté du pouvoir temporel, le directeur de cabinet
de Jean-Marc Ayrault, Christophe Chantepy, et au moins quatre
ministres (Manuel Valls, Jean-Yves Le Drian, Michel Sapin et
Victorin Lurel) ont été initiés au Grand-Orient, loge où l’on sou-
haite remettre en phase la législation avec l’évolution de la so-
ciété. Et cela même s’il faut ébranler l’édifice éthique de la loi
Leonetti sur la fin de vie, adoptée à la suite d’un constructif
consensus entre églises et obédiences; ou rayer du calendrier,
au nom de la diversité, des jours fériés catholiques. Comme Mit-
terrand, qui avait rallumé la guerre scolaire en 1983, Hollande
sait que les grands débats de société sont la meilleure façon de
faire avaler aux Français ce qu’ils détestent le plus: la rigueur.
82. CHALLENGES N° 308·5 JUILLET 2012

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