L’ALSACE

  • Langue

    UNSRI SPROCH, UNSER RECHT !

    L’Alsace est de langue germanique depuis plus de 15 siècles. La langue alsacienne se compose d’un dialecte parlé (l’alsacien, Elsasserditsch) et d’une langue écrite (l’allemand standard, Hochdeutsch). Notre langue est un héritage précieux, un élément central de notre culture et un formidable atout pour l’avenir. C’est également notre fierté et un droit inaliénable. Nul n’a le droit d’interdire à nos enfants de l’apprendre et de la parler.

    Or, depuis plusieurs décennies, l’Etat français élimine un à un les médias germanophones et les émissions dialectales, débaptise les villes et lieux-dits, et refuse de généraliser l’enseignement bilingue. Cette politique vise à éliminer la langue alsacienne et à imposer le français. Aujourd’hui, notre langue est gravement menacée : l’heure est à la reconquête linguistique et aux mesures fortes.

    Nous demandons que la langue alsacienne soit également langue officielle en Alsace. Toutes les administrations devront être bilingues. L’enseignement devra être intégralement géré par la Région. Le bilinguisme sera généralisé de la maternelle à l’université, avec apprentissage du dialecte et du Hochdeutsch dès la maternelle, en s’inspirant du modèle luxembourgeois ou suisse alémanique. Dans toutes les communes, les toponymes originaux seront restaurés. Afin de garantir une présence forte de la langue alsacienne dans les médias, un service public alsacien de l’audiovisuel sera mis en place.

  • Brève histoire d’un drapeau alsacien

    Unsri Fahne, d’Rot un Wiss

    Entre les puissants flots du Rhin et les sommets des Vosges s’étend l’Alsace, terre millénaire de culture et d’histoire.

    Cette terre féconde assure depuis des temps immémoriaux la prospérité de ses habitants. Villes et villages se succèdent, dans la plaine, sur les collines et jusque dans les vallées vosgiennes.

    Favorisée par une position géographique favorable, à la croisée des grandes routes commerciales, l’Alsace est aussi une terre de passage et d’échanges.

    Comme toutes les terres de caractère – Bretagne, Bavière, Catalogne, Corse et tant d’autres -l’Alsace possède son drapeau : le Rot un Wiss. Ces deux bandes, rouge et blanc, dont l’origine remonte à des siècles, symbolisent depuis des décennies cette région.

    Mais au fait, pourquoi un drapeau ?

    Notre vie quotidienne est entourée de symboles, en particulier de symboles visuels. Ces représentations graphiques sont indispensables car elles permettent de résumer simplement les concepts les plus variés. Tout comme on évoque un être humain – son histoire, son identité et sa complexité – par un simple nom ou une signature, on résume toute une région – ses siècles d’histoire, son âme et son visage – dans un seul symbole, le drapeau.

    Sans symbole – sans drapeau – l’Alsace est comme un être sans nom, ni signature.

    Qui, dans l’humanité, a inventé le premier drapeau ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Une chose par contre est sûre : les archéologues ont, aux quatre coins du globe, mis au jour des objets s’apparentant à des drapeaux. Cette omniprésence, même dans des civilisations et chez des peuples les plus éloignés, nous conduit à une première conclusion : l’utilisation d’un drapeau est propre à la vie en société et semble répondre à un besoin universel.

    Si l’on s’intéresse de plus près à l’Alsace, les premiers éléments pouvant fournir des renseignements intéressant, remontent à l’époque de Charlemagne, c’est-à-dire vers l’an 800. A cette date, il est sacré empereur et, pour affirmer son pouvoir il se dote de deux emblèmes : l’aigle et la bannière rouge. L’aigle, qu’il utilisait plus comme un emblème personnelle, reflète sa prétention à s’établir comme le successeur de César et des Empereurs romains. Quant à la bannière rouge, elle revêt une importance considérable dans la vie publique : distribuée à ceux à qui il déléguait son pouvoir, elle matérialise la puissance absolue sur les affaires civiles et militaires, ou, plus concrètement, le droit de vie et de mort sur ses administrés. C’est cette bannière qui sera désignée plus tard comme « Blutfahne » (drapeau de sang). Le choix de la couleur parait évident : le rouge est la couleur du sang et donc, à la fois de la vie et de la mort.

    Un bref inventaire des blasons des villes et familles nobles alsaciennes au Moyen-âge met clairement en évidence la très forte prédominance de l’association rouge et blanc. L’association des couleurs rouge et blanc semble être caractéristique des régions situées aux marches – c’est-à-dire aux extrémités – de l’Empire ou bien de celles qui jouent un rôle central dans celui-ci. Ainsi, cette la forte récurrence des couleurs rouge et blanc serait la traduction symbolique du rôle prépondérant que jouait l’Alsace dans le Saint-Empire.

    Straßburg/Strasbourg

    Mülhausen/Mulhouse

    Schlettstadt/Sélestat

    Weißenburg/Wissembourg

    L’annexion de l’Alsace (1648) et de la ville libre impériale de Strasbourg (1681) à la France entraine des bouleversements dans la société alsacienne, surtout lors de la Révolution française. Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse. Mal préparée, elle est défaite par les troupes allemandes coalisées. L’Alsace et une partie de la Lorraine sont rattachées à l’Empire allemand, par le traité de Francfort (1871). N’étant plus citoyens de la République française et ne se reconnaissant pas dans la structure politique de l’Empire allemand, les Alsaciens se découvrent… alsaciens. Ils prennent en particulier conscience de leur identité culturelle, linguistique et historique.

    Dans les années qui suivent l’annexion, les occasions de pavoiser ne manquent pas : anniversaire de l’Empereur, visites de monarques, défilés… Les nouvelles autorités se servent alors à profusion du drapeau impérial allemand noir-blanc-rouge. Mais la majorité des Alsaciens ne se reconnaissent pas dans ces couleurs, qu’ils associent aux ravages causés par la guerre de 1870-71. A Strasbourg, la ville commence à arborer de nouveau ses couleurs ancestrales, le rouge et blanc. Mais à la différence du Moyen-âge, ce n’est pas le drapeau à la bande diagonale rouge qui est utilisé, mais un drapeau juxtaposant une bande rouge et une blanche. Progressivement le phénomène prend de l’ampleur, et les Alsaciens en visite dans leur capitale, rapportent les faits dans les villes et villages. Comme rouge et blanc sont également les couleurs de nombreuses villes alsaciennes, l’initiative strasbourgeoise rencontre alors un vif succès et en quelques années, c’est toute l’Alsace – hameaux, villes et villages – qui adopte le drapeau « Rot un Wiss ».

    Et c’est bien là, la force et l’originalité du « Rot un Wiss ». Alors que nombre de drapeaux nationaux ou régionaux ont fait l’objet d’études précises, de débats, de tractations ou de controverses avant d’être imposés « par le haut », l’apparition du « Rot un Wiss » est en fait un phénomène spontané, populaire et transcendant toutes les couches de la population. Il est adopté d’autant plus vite que ses couleurs rouge et blanc sont profondément enracinées dans l’histoire et la culture alsacienne.

    Adopté par le peuple, ce symbole devait encore être reconnu par le pouvoir. En 1911, l’Alsace-Lorraine reçoit son autonomie et une Constitution. De toute son histoire, c’est le régime le plus libéral obtenu par l’Alsace. Il règne alors en Alsace un enthousiasme extraordinaire. Tout ce qui a trait à la culture alsacienne, à la langue, aux particularismes connait un intérêt démultiplié. Le 25 janvier 1912, au Parlement d’Alsace-Lorraine, Georges Wolf, représentant la fraction des libéraux-démocrates pose une motion pour l’établissement d’une loi dotant l’Alsace-Lorraine d’un drapeau officiel. Le 25 juin 1912, c’est le grand jour : la commission présente ses résultats au parlement d’Alsace-Lorraine. Le drapeau alsacien est officialisé. On lui ajoute une croix de Lorraine jaune pour en faire le drapeau de l’Alsace-Lorraine. Un tonnerre d’applaudissement salue la conclusion des débats. Le président Eugène Ricklin décide de passer au vote. Comme un seul homme, toute la salle se lève. Après un court instant, Ricklin proclame : « Je constate qu’il y a unanimité. Les conclusions de la commission sont adoptées à l’unanimité. ». Les Alsaciens l’ont adopté, les élus du peuple l’ont officialisé : ce jour de 1912, le drapeau alsacien est entré dans l’histoire.

    L’armistice du 11 novembre 1918 marque la fin de la première guerre mondiale, tandis que le Traité de Versailles attribue l’Alsace-Lorraine à la France. Malheureusement, la fête est très vite gâchée : l’Etat décide de mener une politique d’assimilation à marche forcée. Trois éléments, profondément enracinés dans la population sont particulièrement visés : la langue, la religion et le droit local. La France tente alors d’éradiquer l’alsacien, d’instaurer la laïcité et d’introduire le droit français. Ces menées se heurtent à une farouche résistance des Alsaciens qui aboutit en 1925 à la création du manifeste du « Heimatbund » et à une union politique formée par les partis alsaciens centristes, les autonomistes et communistes. De grandes manifestations sont organisées, où les drapeaux alsaciens fleurissent.

    Les années 1930 s’achèvent par une nouvelle guerre, aussi terrible que celle de 1914-18. En juin 1940, l’armée allemande déferle en Alsace et s’empare quasiment sans résistance de la région. Commence une nouvelle dictature militaire, pire que celle endurée durant la première guerre mondiale. C’est un véritable régime de terreur qui s’installe. Le drapeau alsacien n’échappe pas à la suspicion de l’occupant : considéré comme séditieux par les nazis, il est carrément interdit. Une décision que ni les Prussiens, ni les Français n’avaient osé prendre.

    En Novembre 1944, les libérateurs sont accueillis dans la liesse par la population qui leur offre des bouquets rouge et blanc.

    Durant le mois de mai 1968, comme dans le reste de la France, une révolte étudiante éclate dans les villes, en particulier Strasbourg. Elle s’accompagne d’un important mouvement social. Mais la vraie conséquence des évènements de mai 1968 en Alsace est le renouveau de l’identité alsacienne.

    Dans la nuit du samedi 22 au dimanche 23 juin 1968, à la veille des élections législatives, un étudiant strasbourgeois entreprend, seul et de nuit, et par la façade, l’ascension de la flèche de la cathédrale de Strasbourg. Arrivé tout en haut, au sommet de la pointe, à 142 m au-dessus du sol, il déroule un grand drapeau alsacien. Le lendemain, quelques heures avant l’ouverture des bureaux de vote, la capitale alsacienne s’éveille avec les couleurs rouge et blanc flottant au sommet de la cathédrale…

    Depuis cet évènement, l’histoire du drapeau alsacien continue à épouser fidèlement l’évolution de l’identité alsacienne : chaque prise de conscience voit fleurir les « Rot un Wiss ». Citons par exemple, l’affaire de Mothern ou les manifestations du parti socialiste alsacien (1978). La venue en Alsace de Valery Giscard d’Estaing (1976) sera également l’occasion de pavoiser les châteaux du Frankenburg, Ortenberg, et d’Andlau avec d’énormes drapeaux alsaciens. Lorsqu’en 1979, le Racing Club de Strasbourg remporte le championnat de France de football, l’immense fierté des Alsaciens se retrouve également dans les drapeaux « Rot un Wiss » arborés lors des manifestations de joie qui ont suivi. On pourrait également citer les manifestations suscitées par des sujets de société importants comme le Bioscope, la construction de la centrale nucléaire de Fessenheim, les convois ferroviaires de déchets nucléaires, la ratification de la Charte des langues régionales ou minoritaires, etc.

    Pour être tout à fait complet, notons que dans les années 90, le Conseil Régional a choisi comme drapeau administratif « le blason alsacien », lui-même modifié en 2003, un drapeau sans âme, ni histoire.

    L’histoire du drapeau alsacien se confond avec l’histoire de l’Alsace, ballotée entre deux grandes puissances – l’Allemagne et la France. Le drapeau alsacien s’identifie à l’âme alsacienne : perçue avec une certaine méfiance par l’Empire allemand, souvent mal comprise par la France, interdite par le régime nazi, refoulée dans les années après la Libération et ressuscitée en 1968. Et pourtant, comme l’âme alsacienne, le « Rot un Wiss » est un symbole de paix, d’ouverture et de générosité.

    L’histoire du drapeau alsacien est donc des Alsaciennes et des Alsaciens, et ce sera sans doute un symbole très fort, une marque de réconciliation de l’Alsace avec son histoire, le jour où ses belles couleurs – rouge et blanc – flotteront sur tous les bâtiments officiels.

    Pour en savoir plus, lisez le livre référence sur ce sujet:

    Le drapeau alsacien, des origines à nos jours
    Jean-Georges TROUILLET
    Editions Nord Alsace
    ISBN-13: 978-2951754669Disponible dans toutes les librairies.

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